Ciné: Persepolis

Publié le par Nicolas Moreau

Quand on adapte une bédé géniale...

Résumé:
Marjane a 6 ans. Elle va vivre la fin du régime de chah d'Iran. Ses parents sont éduqués, ouverts, contre le chah. Marjane a 8 ans. Le Chah est tombé mais les islamistes sont arrivés. Elle doit porter le voile. Ses parents sont contre les islamistes. Puis la guerre contre l'Irak éclate...


Film d'animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud adapté de Persepolis, la bédé de Marjane Satrapi. Vu en avant-première en présence des réalisateurs et des producteurs.

Pour la critique de la bédé:
http://nikolamoreau.over-blog.com/article-5402981.html

Comme je l'ai dit, la bédé est géniale, le film est mieux.

Une histoire intemporelle.
Déjà, on voit la vie d'une petite fille combattante, puis d'une adolescente en rupture avec sa société, puis d'une adolescente en rupture avec une autre société pendant l'exil et surtout d'une adolescente tout court, puis d'une jeune femme qui cherche à construire sa vie malgré tout ce qui peut se dresser contre elle. Il y a tellement de niveaux d'identification que cela en devient vertigineux.

Plusieurs niveaux de lecture.
Voir la grande Histoire par le biais de la petite histoire. Voir que le Chah était un dictateur mais qu'il n'avait pas que des défauts. Voir que la révolution a fait plus de mal que de bien. Voir que l'ennemi extérieur est finalement très utile à l'intérieur pour donner prétexte à l'élimination de tous les opposants. Voir que tout un peuple a arrété de réfléchir, paralysé par la peur, plus occupé à remettre son foulard comme il faut, à ne pas dire ce qu'il ne faut pas dire devant ses voisins, ses "amis", sa famille. Voir un peuple essayé de se divertir tant bien que mal pour oublier la répression.


Les apports du film par rapport à la bédé.
Il est clair que la bédé est plus complète et a un fils narratif plus découpé. On voit des tranches de vie qui forment un tout et qui nous décrivent des situations de la vie quotidienne, absurdes, horribles, drôles, effrayantes, émouvantes.
Dans le film, on est sur une narration plus conventionnelle avec une histoire qui se déroule et des petits épisodes qui viennent la ponctuer. Le rapport est un peu inversé entre les petites et la grande histoire (pas celle avec un grand H mais l'évolution de Marjane). Mais, ce que rajoute le film, c'est le coté onirique. Les rèves de Marjane, ses rencontres avec Dieu, ses divagations qui passent beaucoup plus inaperçues dans la bédé. C'est sûr que Dieu ou Marx, quand vous lisez leurs bulles, ils ont votre voix, ça n'aide pas à se rendre compte que la petite fille à un dialogue directe avec Dieu. Il rajoute aussi une émotion que l'on sent moins dans la bédé avec des scènes réellement émouvantes voire insupportables comme la visite à son oncle en prison, le départ pour Vienne ou le missile sur la maison des voisins. D'ailleurs, sur cette scène, si je me souviens bien de la bédé, on n'y voit que les décombres de la maison et la mention sur le bracelet n'est faite que dans le texte. Dans le film, on a l'image du bras avec le bracelet qui secoue beaucoup plus.
Les ressorts dramatiques ont été moins bien exploités dans la bédé, surement édulcorés par la narration découpée qui en fait des événements parmis d'autres

Pour ce qui est des dessins et de l'animation, on est dans une animation 2D qui se fait presque toujours sur 4 ou 5 plans qui bougent indépendemment des autres (je ne sais pas si je suis super clair là). Les mouvements sont un peu saccadés, c'est surement une volonté. On doit être dans du 18-20 images secondes et de nos jours, avec les ordinateurs, il n'y a pas grand chose à faire pour générer automatiquement les dessins intermédiaires. Donc c'est voulu!!!! Pourquoi? Bonne question? J'aurais dû la poser lors du débat.
Presque tout est en noir et blanc sauf le présent, les souvenirs de la narratrice. Les décors sont proches de l'expressionnisme allemand à la Murnau avec des jeux sur les proportions et les perspectives. C'était déjà le cas dans la bédé notamment avec les scènes de montée/descente des escaliers ainsi que les jeux d'ombres.

Ce que l'on perd par rapport à la bédé.
Dur à expliquer. Dans la bédé, Marjane, quelque soit son age, s'adresse à nous. On la voit souvent dans sa chambre, de face, en train de nous décrire la situation. Elle s'adresse directement à nous, elle nous prend à témoin.

Ce coté témoin privilégié de l'histoire d'une iranienne est un peu perdu dans le film.
Là, c'est elle, qui a grandi, qui se retrouve dans un aéroport (en couleurs) qui conte sa vie de bout en bout. On a plus l'impression d'un filtre adulte sur ce qui s'est passé 15, 10 ou 5 ans auparavant.
En gros, on perd un peu le ton enfantin de la bédé. Mais bon, c'est une différence entre l'oeuvre originale et l'adaptation, une petite perte mais le film apporte tellement plus!!!

En résumé, il sort dans 2 semaines. Ne vous posez même pas la question, allez-y!!!!

Unikokahossirevekianahalassorti

Publicité

Publié dans Cinoche

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Merci Fab pour le commentaire.Moi, la scène que jai vraiment trouvé la plus insupportable, c'est la visite à son oncle en prison.
Répondre
F
Waooo !La grosse claque dans la gueule !!!!Bon, vraiment j'ai adoré. J'avais lu le premier tome de la BD et j'avais trouvé ça bien.Mais là ... au delà de l'histoire, de la façon dont elle est racontée, au delà des considérations politiques et de tout ce que le film dénonce vis à vis du totalitarisme, de la révolution, de la manipulation occidentale, de la folie des intégristes, ... c'est surtout les émotions qu'il procure que je retiens : ça faisait longtemps que j'avais pas ressenti autant de choses au ciné (particulièrement quand elle part pour Vienne ... on a l'impression d'être une ado devant un feuilleton à l'eau de rose ... c'est pas négatif, c'est juste qu'on a les larmes aux yeux pareil). Les scènes tragiques succèdent aux scènes plus légères et souvent super drole (en fait quand l'histoire de l'ado en pleine recherche d'elle-même prend le pas sur celle de l'Histoire dramatique du pays).Et c'est dingue de réussir à ressentir tout ça devant un dessin aussi simple ... l'expression des personnages est remarquable alors qu'ils ne sont faits que de quelques traits (à ce niveau là, des types comme Guimenez avec leur dessin hyper sophistiqué en rendent pas le 10è)J'ai aussi beaucoup aimé le décalage entre la façon d'être, de parler, de penser des personnages et leur vie réelle, qui se retrouve peu à peu complétement enfermée dans l'intégrisme religieux ...Bref, faut y aller quoi ...
Répondre